Je me suis absentée en 2011 pour écrire un carnet de voyage sur le Gabon ou plus exactement Libreville. J’y ai passé quelque temps. Malheureusement, il est bien trop gros pour apparaître sur ce blog.
En voici quelques extraits:
» Je suis enfin arrivée. Où ça? A Libreville! Mon frère a été muté l’été dernier au Gabon et rêvant de visiter l’Afrique depuis toute petite, je ne pouvais que saisir l’occasion. Me voici donc en route pour le plus vieux continent. Il est temps d’embarquer. Vous me suivez? »
» Me voici dans la rue. Je mets le zoom 70-500mm, histoire de ne pas m’approcher trop des gens et pour feindre de prendre autre chose. Bon, il y a ces oiseaux dans l’arbre qui m’intéresse aussi, mais au passage je prends des gens qui marchent au loin. Si je continue comme ça autant rentrer, parce que pour le moment ces photos ne valent rien. Pourtant, j’avance encore. Je simule des prises de vue et prendre tout autre chose. J’ai l’impression d’avoir honte de prendre des photos et de devoir me cacher. Ce sentiment est vraiment désagréable et je redoute de me faire embrouiller par des gens pour les avoir pris en photos. Mais il est impossible de demander à toutes personnes son autorisation, les situations ne seraient jamais authentiques. Néanmoins je continue. Des chiens errants, parfait! Eux, je peux les photographier sans risquer quoi que ce soit. Cinq photo en boite et je veux encore rentrer. Pourtant la marchande de fruit du coin de la rue est là et j’ai toujours voulu un cliché d’elle. Elle est en train de se faire tresser en plus. Ce portrait pourrait être sympa. Je m’approche et leur explique ma démarche. Deux dames et deux fillettes sont là. Elles sont d’accord. En moi, ça doit faire un truc du genre: HIIIIIIIIIIHAAAAAA!
Clic, clic. C’est dans la boite. L’avantage du numérique, c’est de pouvoir montrer les photos prises immédiatement aux sujets. Elles sont contentes et leurs sourires me poussent à continuer. Quand j’arrive devant le travail de Ba, je ne compte plus le nombre de fois ou j’ai failli faire demi-tout.
Je lui demande de poser et lui explique que je veux réaliser un reportage sur le quartier. En moins de deux secondes, il me propose de m’accompagner. Alléluia! Je viens d’obtenir un pass pour prendre plus de photo que j’aurai pu prendre seule. Sa présence m’ouvre plein de porte. Nous nous arrêtons partout où je le veux et il me montre quelques endroits reculés. Les habitants du quartiers se prêtent au jeu pour la plupart. Certains ne me disent même pas bonjour mais ceux qui acceptent effacent les mécontents. Le tailleur prend la pose, les enfants sautent le plus haut possible, les brochettes se font dorés sur le barbecue. Tout se passe à merveille. Je souhaite immortalisé une dame qui porte un plateau sur la tête. Je suis tellement impressionnée par leur habilité qu’il me faut ce cliché. La seule que nous croisons est en train de vendre ses produits de beautés qu’elle porte justement sur son plateau. Elle se fait attendre longtemps, trop longtemps pour Ba qui justifie ce comportement comme un refus. Nous partons. En plus, nous étions dans le coin des alcooliques d’après Ba. Certains pestent de l’autre coté de la rue rien qu’en voyant mon appareil photo donc nous ne nous attardons pas dans le coin. Quelques pas plus loin, à la terrasse d’un café, deux homme discutent. Ba me présente. Cet homme est journaliste en environnement pour le quotidien national. Il m’appelle collègue et je suis aux anges. L’autre homme travaille à la protection de l’environnement. En redescendant par une rue parallèle, il y a beaucoup de camions garés sur le coté. Deux hommes changent une roue pendant qu’un autre tape au marteau sur le pneu pour pouvoir le changer. Je mitraille avec l’appareil en bandoulière. La technique des photos de dos volées donne de bonnes surprises parfois. Et ce fut le cas. Un cordonnier et une nourrice plus tard, nous arrivons devant un coiffeur. Ce même coiffeur dont j’ai déjà pris l’enseigne en photo et où les filles qui étaient assise devant avaient râler et pester après moi alors qu’elles n’étaient pas dans mon viseur. Après je peux comprendre. J’aimerai pas que quelqu’un me prenne en photo comme ça juste pour le plaisir sans me dire pourquoi. C’est pour ça que je suis si mal à l’aise de le faire et que j’évite au maximum. Le coiffeur se fait appeler 2pac. Son fils est adorable avec sa bouille toute ronde. Je le prends en photo et il coure pour voir le résultat sur l’écran. Son père lui dit de danser et il s’exécute. Je le photographie encore et il accourt à nouveau. 2Pac a la parlotte facile. Et d’un coup, je me dis mais pourquoi pas me faire tresser ici. Je demande donc si avec mes cheveux de blanche, la femme de 2pac y arriverait. Elle m’affirme que oui. Je reviendrai donc samedi pour enfin me faire tresser. Nous repartons. Je suis en sueur mais tellement contente. Nous retournons nos asseoir avec les amis de Ba devant son hôtel. Une dame portant un plateau passe. Photos volées! Quelques élèves aussi ont le droit au clic magique de la photo. La ménagère de l’hôtel s’en va après s’être fait tirer le portrait avec Ba. Je vais rentrer et Ba m’accompagne. Nous entrons dans le centre informatique. Une dame avec son fils de 3 ou 4 ans enseigne à une autre dame. L’enfant me regarde intrigué et quand je lui fais coucou, il se met à hurler. Littéralement huiler. Tout le monde est surpris, moi la première. Apparemment je lui fais penser à l’infirmière qui lui fait ses piqures. Surement une blanche aussi. Ba va acheter des gâteaux qu’il me glisse dans la main pour que je les lui donne. Je suis alors presque sa copine et après avoir réussi à le photographier et lui avoir montrer sa bouille à l’écran, j’ai enfin le droit à un demi sourire. Sa mère et Ba lui dise de m’appeler tantine. Ça me touche beaucoup. Tous les efforts de cette dame, que ni Ba ni moi ne connaissons, pour que son fils m’apprécie, m’ont vraiment emplit de joie. Je rentre avec le sourire au visage et le cœur en fête. J’ai réalisé mon premier reportage photo en Afrique dans le genre de ceux qui sont dans les magazines. Il y ressemble et n’a rien d’extraordinaire. Mais je suis contente de l’avoir fait, d’avoir osé et de revenir avec autant de photographie et de souvenirs en tête. M’être dépassée et avoir été au bout de ce reportage que je redoutais un peu, est une sensation géniale. Ça faisait longtemps que je n’avais pas été fière de moi comme ça. »
» J’observe les nuées d’oiseaux qui s’entassent dans les arbres. Semblables à des feuilles qui volent au vent, je savoure ce spectacle. L’aéroport sans porte permet au vent de s’engouffrer. La brise m’apporte la nostalgie des derniers instants d’Afrique. Mais je sais, je sens que ce n’est pas un adieu à l’Afrique. J’ai ce sentiment qui me fait dire: à bientôt. »
Pour voir quelques photos du reportage sur Bas gué-gué, c’est ici